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« Les personnages et les situations de ce forum étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »


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Nietzsche ta mére

le Lun 14 Fév 2011 - 21:30
Ne pas découvrir que Jared Lee Loughner avait fomenté son geste meurtrier seul dans sa chambre, à lire Nietzsche et à contempler le nihilisme, voilà qui aurait été inédit. Mais en fait d'inédit, nous avons eu droit au même cliché éculé. Le New York Times et d'autres médias nous ont en effet appris que le jeune homme fort perturbé, arrêté pour tentative de meurtre sur la personne de Gabrielle Giffords, et pour le meurtre de Christina Taylor Green, 9 ans, et de cinq autres personnes, se piquait d'être nietzschéen. Évidemment.

Nous pourrions certes déterrer des citations incendiaires du philosophe allemand afin de mesurer la responsabilité qui est sienne dans les crimes supposés de Loughner et dans les crimes avérés d'autres garçons aux affinités philosophiques similaires, mais nous risquerions de verser dans une réflexion philistine ou obscurantiste. Mieux vaut, croyons-nous, abandonner l'accusation pour étudier le lien qui unit Nietzsche aux jeunes désaxés comme lui-même l'aurait fait, c'est-à-dire de manière anthropologique.
Un miroir déformant

Si l'attrait qu'exerce la pensée de Nietzsche sur les jeunes hommes mal dans leur peau n'est plus à démontrer, il relève d'un mécanisme plus complexe qu'il n'y paraît, où s'imbriquent plusieurs facteurs. Nietzsche raille les conventions et les bonnes mœurs (ainsi que les écrivains difficiles dont vous ne voudriez pas vous encombrer de toute façon). C'est un auteur ludique et (faussement) facile à lire, notamment au regard de ses aînés allemands, qu'il conspue d'ailleurs pour leur mollesse et leur lourdeur: Schopenhauer, Hegel et, en première place, Kant.

Si votre entourage n'est pas apte à comprendre votre singularité et vous prend même pour un raté, la lecture de Nietzsche peut vous renforcer dans la conviction secrète que vous avez d'être un génie, ou du moins une personne très spéciale; les ratés, ce sont les autres. Comme vous, Nietzsche fut incompris en son temps, ignoré ou méprisé par les érudits. Comme vous, Nietzsche se sentait cerné par la médiocrité, aux prises avec un monde indigeste et moraliste, ou perclus de vulgarité démocratique. Nietzsche semblait croire en l'aristocratie, aujourd'hui frappée de tabou, ce qui expliquerait pourquoi personne ne reconnaît l'être supérieur que vous pressentez être.

Et puis, surtout, si vous êtes un jeune poète en chaleur pour qui la fille idéale, toujours à portée de regard, reste pourtant hors d'atteinte, Nietzsche propose un projet de résistance et de surpassement de soi qui s'inscrit dans le romantisme, mais aussi dans l'érotisme.

En d'autres termes, si vous êtes d'un naturel introspectif et malheureux, pourquoi ne liriez-vous pas un auteur qui vous tend un miroir déformant dans lequel votre isolement et votre désir ardent deviennent force et bravoure viriles? Par la forme, le fonds ou les deux, chaque œuvre du philosophe peut répondre à votre désir/isolement, et flatter vos instincts en vous laissant croire que, bien que vous manquiez de bagage intellectuel et que vous soyez en fait un lecteur minable et écervelé, vous faites de la philosophie.
Bibliographie mal interprétée

La Naissance de la tragédie, premier ouvrage de Nietzsche, chante les louanges d'un Dionysos anarchique et sexuellement averti, face à un Apollon barbant qui s'apparente à une espèce de dieu grec de l'algèbre. Dans Ainsi parlait Zarathoustra, récit ahurissant qui hésite entre roman et mémoires, l'héroïque Zarathoustra entame son «déclin» en rassemblant ses forces spirituelles dans une inviolable solitude qui vous rappelle votre chambre, avant de se «dresser» pour «briller» sur un peuple qui ne le comprend pas plus qu'il ne le mérite.

Dans La Généalogie de la morale, Nietzsche s'en prend aux origines des salades bibliques que votre curé mesquin aboie à longueurs de sermons (qui reviennent à deux principes majeurs: pas de sexe, pas d'auto-caresses) et prouve que la morale provient non pas de Dieu, mais de la volonté de puissance –les prêtres ont pris le pouvoir sur les maîtres en aiguisant leur sentiment de culpabilité face aux souffrances des esclaves. (Le christianisme n'est qu'une «morale d'esclaves». Fin du dilemme).

Ecce Homo vous séduira par ses excellents titres de chapitre («Pourquoi je suis si malin», «Pourquoi j'écris de si bons livres»). Et Par-delà le bien et le mal possède tout simplement un titre fantastique, une introduction drolatique («À supposer que la vérité soit une femme...») et un premier chapitre où Nietzsche se moque allégrement de tous ces philosophes que vous n'aurez plus à lire maintenant qu'il vous a éclairé sur leurs faiblesses.

Cette dernière œuvre se distingue également par sa forme. Dans le chapitre intitulé «Maximes et intermèdes», vous trouverez ainsi plus de cent aphorismes géniaux, et autant de paradoxes moraux, de contre-intuitions, de provocations mesurées et d'élégants bras d'honneur. Nietzsche y est méthodiquement aphoristique, et c'est dans ce style que son écriture est la plus belle, la plus sublimement confuse, la plus troublante dans son mélange de concision et d'infini pouvoir suggestif.

Alors pour un jeune type qui veut se nourrir les neurones mais qui n'est pas fan de lecture, de tels concentrés de philosophie en plein milieu de ce célèbre ouvrage, c'est irrésistible. Il n'est pas besoin de comprendre ces maximes pour les apprécier, pour se sentir courageux et viril, pour rire sans tressaillir quand Nietzsche écrit: «On n'est jamais si bien puni que pour ses vertus». (Vous surmonterez même certains de vos problèmes avec les filles en savourant les différentes piques que le philosophe réserve à ces dames.)

Naturellement, les spécialistes de Nietzsche mettent en garde contre une interprétation hâtive de ses bons mots. Il faut les appréhender dans le contexte plus large de son œuvre, qu'il n'aura eu de cesse de reparcourir, de revisiter, contredisant parfois ses écrits précédents. Il faut appréhender ses aphorismes comme partie intégrante d'un vaste projet poétique d'auto-création ou de réalisation, où rien n'est véritablement fixé. Nietzsche avait prédit qu'il serait mal compris, mal interprété. Il ne s'est pas trompé.
Le livre de chevet des lecteurs dérangés

Le livre de chevet de Loughner, d'après la presse, est typique de ces jeunes lecteurs dérangés et des pièges dans lesquels ils tombent. Il ne s'agit pas de Par-delà le bien et le mal, mais de La Volonté de puissance, cette fameuse compilation des notes de travail de Nietzsche (que la sœur du philosophe a présentée, à tort, comme l'exposé systématique de sa pensée).

Dans cet ouvrage, les considérations sont plus développées mais, comme dans les «maximes et intermèdes», elles se détachent trop aisément des autres œuvres de Nietzsche. Le classement par thèmes, que l'on doit largement à sa sœur, est utile aux universitaires qui connaissent ses autres livres, mais aussi aux jeunes à problèmes qui couvent une obsession. Dans le cas de Loughner, c'était apparemment le nihilisme, qui se trouve constituer la première partie de La Volonté de puissance.

Que Loughner ait lu Nietzsche sur le nihilisme cadre si parfaitement avec ce type de tragédie qu'il est facile de ne pas voir l'énorme confusion qui est faite dans les médias à propos de la tuerie de Tucson. On nous rapporte ici que Loughner était un nihiliste, et là qu'il était «obsédé par le nihilisme», comme s'il s'agissait de la même chose. Or Loughner ne se considérait pas comme un nihiliste: il pensait combattre le nihilisme. Cela est patent dans les vidéos qu'il a postées sur YouTube, quand il dit que les mots n'ont pas de sens, ou qu'ils l'ont perdu du fait d'un déclin nihiliste, idée fixe qui semble être à l'origine de son terrible ressentiment à l'encontre de Gabrielle Giffords.

Curieusement, Nietzsche a connu le même sort. À cause de ses attaques contre la religion et le rationalisme métaphysique, et de l'anarchisme qu'il distille dans sa vision de l'avenir (voir «la transmutation de toutes les valeurs»), il est vu comme le nihiliste occidental par excellence. Lui se voyait pourtant comme le fléau du nihilisme européen, et peut-être aussi comme son remède. Pour Nietzsche, le nihilisme était une maladie née, pour reprendre les termes [du philosophe] Alexander Nehamas, du «postulat selon lequel s'il existe une norme qui ne vaille pas pour tous et en tous temps, alors aucune norme ne vaut pour personne, quel que soit le temps». Nous avons ici à faire à un hédonisme inconscient, à une paresse d'esprit doublée d'une forme de fanatisme.
Pas des frères philosophiques

Cela fait-il en définitive de Nietzsche et Jared Lee Loughner des frères philosophiques, unis dans la même lutte acharnée contre le nihilisme? En un mot: non, et c'est ce que révèle l'obsession pathologique de Loughner sur le sens des mots. L'ambition de Nietzsche peut, elle, être comprise comme un apprentissage, pour lui-même et ses lecteurs, de l'amour du monde en soi, dans toute son imperfection et sa multiplicité.

Voilà ce qui transparaît derrière ses agressions contre la religion, l'idéalisme libéral et les systèmes utilitaristes de l'organisation sociale, qu'il percevait comme autant de façons d'effacer ou d'éradiquer le monde tel qu'il est. Voilà ce qui se cache derrière la doctrine décriée de l'Éternel Retour, où le philosophe tient sa pensée «la plus abyssale»: le monde tel qu'il est, et non l'idéalisation que l'on en fait, est tout ce qui existe, et le philosophe affirmera cette réalité dût-elle éternellement revenir.

Le désespoir de Jared Loughner, qui croit que rien n'a de réalité et que les mots n'ont pas de sens, s'apparente à une haine du monde (délire que l'on retrouve dans le moralisme et le narcissisme) pour son échec à ressembler aux mots qui le décrivent. Entre les personnes réelles et les sottes abstractions sur les mots, eux-mêmes pures abstractions, Loughner a choisi de tuer les personnes pour défendre l'abstraction. C'est bien là une forme de nihilisme, mais pas celle dont on accuse Nietzsche. C'est justement la forme de nihilisme contre laquelle Nietzsche essayait de nous prévenir et qu'il voulait nous aider à surmonter.

Remerciements à Cris Campbell, à l'université du Colorado, pour ses précieuses explications sur Nietzsche et le nihilisme.

Matt Feeney

Traduit par Chloé Leleu

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Re: Nietzsche ta mére

le Jeu 30 Oct 2014 - 10:19
Nietzsche : le médecin-philosophe

Louisa Yousfi



Mis à jour le 08/03/2013


 

4 commentaires

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Pourfendeur du christianisme, de la morale débilitante et de tout idéalisme, Friedrich Nietzsche laisse une œuvre aussi atypique et protéiforme 
que discutée. Son culte de la vitalité menait-il à la célébration de la force cynique ou à l’ambition, pour l’homme, de se connaître mieux ?
L’histoire de la philosophie est jalonnée de penseurs qui s’efforcent de bâtir des systèmes à la manière d’un édifice. Friedrich Nietzsche, lui, s’évertue à les détruire. « Je suis de la dynamite », écrit-il en 1888 dans son autobiographie Ecce Homo. Intransigeante, déroutante, éclatée, la pensée de Nietzsche récuse tous les fondements de la philosophie traditionnelle en une « grande déclaration de guerre ». Déterminé à débusquer et à démanteler, à grands coups de marteau, les préjugés et les « arrière-plans » moraux, religieux et métaphysiques logés au cœur de la pensée occidentale depuis Platon, Nietzsche va jauger toute construction théorique à l’école de la méfiance. Subversif et dédaigneux, il pousse la philosophie à se soupçonner elle-même, lui faisant éprouver ses propres failles. Ses textes, obscurs, ambigus, parfois contradictoires se dérobent à une lecture explicative classique, se proposant davantage comme une expérience interprétative et métaphorique, à la limite de la poésie et du chant. Aussi l’œuvre de Nietzsche ne délivre-t-elle pas de message explicite et transparent, viciée dès son époque par une multitude de détracteurs. De Nietzsche, on a tout dit. Vulgarisé tantôt comme un banal immoraliste, tantôt comme un dangereux apologiste de la violence ou de l’eugénisme, Nietzsche porte le poids d’une légende qui n’en finit pas, aujourd’hui encore, d’être commentée. Malade, solitaire, aigri et méprisé par ses contemporains, c’est pourtant au nom de la « vie » et de la « grande santé »de celui qui est capable de jouir sans entraves qu’il consacrera son travail de médecin-philosophe.


Passions et pulsions




Car le marteau de Nietzsche n’est pas une force brutale et aveugle qui détruit. Il est celui du sculpteur qui invente et donne forme autant que celui du médecin qui ausculte les idoles, en interprète le son et en diagnostique la maladie : « J’en suis encore à attendre la venue d’un philosophe-médecin, au sens exceptionnel de ce terme, dont la tâche consistera à étudier le problème de la santé globale d’un peuple, d’une époque, d’une race, de l’humanité. »
Né le 15 octobre 1844, à Röcken, près de Leipzig, Friedrich Wilhelm Nietzsche est issu d’une lignée de pasteurs luthériens. Il n’a que 5 ans lorsque son père décède d’un « ramollissement cérébral ». Cet événement le marquera toute sa vie, intimement convaincu qu’il est lui-même victime d’une fatalité héréditaire qui serait à l’origine de son propre état maladif. Élevé par sa mère et sa sœur Elisabeth, Nietzsche est un enfant prodige. Talentueux improvisateur au piano, il nourrit une passion pour la musique qui demeurera un ressort fondamental de son questionnement philosophique : « Sans la musique, la vie serait une erreur. »
Adolescent surdoué, il obtient une bourse qui lui permet d’intégrer le prestigieux collège de Pforta. L’éducation dispensée y est religieuse, austère, et Nietzsche, bien loin du grand détracteur du christianisme qu’il se révélera être à l’âge adulte, fait preuve d’une étonnante obéissance. Mais alors qu’il se destine au pastorat comme son père, Nietzsche abandonne la théologie pour poursuivre des études supérieures de philologie. Ce moment est décisif dans son parcours intellectuel, celui où déjà fasciné depuis l’adolescence par la littérature classique, Nietzsche a l’intuition d’un projet philosophique : régénérer la culture occidentale moderne par la réappropriation de la culture grecque.

Ainsi est publié en 1872 La Naissance de la tragédie, œuvre dédiée à son ami le compositeur Richard Wagner, en lequel Nietzsche voit l’incarnation parfaite du « soubassement dionysiaque du monde », celle d’une affirmation universelle et primitive de la vie. Pour Nietzsche, Dionysos est le symbole de la vie, entendue force pulsionnelle et créatrice. À travers le culte dionysiaque, on célèbre les passions et les pulsions qui font vibrer les êtres.

Les divinités grecques ont été remplacées par un Dieu chrétien, triste et austère, qui déteste les passions charnelles, condamne les excès, refoule le désir au profit d’un idéal ascétique de pureté. Symbole de l’instinct primitif et des passions, Dionysos s’oppose, dans l’histoire de l’art, à la figure d’Apollon, chantre de la raison et de l’ordre. Nietzsche voit alors dans cette opposition l’essence même de l’être. La vie est puissance de création et de destruction. Elle est un conflit permanent de forces qui s’opposent. Elle est, comme l’écrit Héraclite, polemos, c’est-à-dire un état de guerre. Alors qu’il méprise la production philosophique allemande de son époque où s’affrontent les défenseurs de Georg Hegel, de Johann Fichte et de Friedrich Schelling, Nietzsche est fasciné par l’œuvre du penseur allemand Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation. Pour Schopenhauer, le fond de toute vie se caractérise par la souffrance. La vie est tragique, c’est-à-dire injustifiable, dénuée de sens et d’intérêt. Mais alors que le pessimisme de Schopenhauer le mène à un nihilisme destructeur qui prône l’extinction de la volonté, Nietzsche veut pousser plus loin la question du tragique. Il se rend compte que le nihilisme de Schopenhauer a précisément mené les hommes à discréditer la vie au nom de valeurs supérieures qu’il nomme « les arrière-mondes ». Le courant pessimiste n’apparaît, dès lors, plus aux yeux de Nietzsche comme une pensée audacieuse mais comme la ruse d’un idéalisme caché en quête de consolation. De Schopenhauer, Nietzsche ne gardera que la considération du caractère irrationnel de l’existence, l’opposant radicalement aux grands systèmes rationalistes. Le nihilisme ainsi exposé apparaît à ses yeux comme la grande maladie de la culture moderne qu’il s’agit de combattre en détrônant toutes les valeurs supérieures au nom desquelles l’homme moderne déprécie la vie. Et la première cible à laquelle s’attaque Nietzsche est, en toute logique, le père de l’idéalisme philosophique, Platon.


La maladie de la civilisation




Dans un paragraphe du Crépuscule des idoles, « Comment le monde vrai devint une fable. Histoire d’une erreur », ouvrage qu’il rédige après avoir été dégagé de ses obligations d’enseignement à cause d’un état de santé défaillant, et à la fin d’une vie d’errance en solitaire, Nietzsche dénonce l’imposture de la pensée moderne « décadente ». Il remarque l’affaiblissement progressif et continu des forces vitales de la culture occidentale depuis Socrate. Le déclin, en effet, n’est pas un effondrement soudain mais un processus raffiné et finalement très civilisé. L’erreur de la « métaphysique », de son émergence avec Platon à son déploiement culturel à travers le christianisme, provient de la séparation entre un « monde vrai », valorisé, commun aux philosophes et aux religieux, et un « monde faux », le monde sensible, qui n’est, selon le principe de la « dégradation ontologique » de Platon, que le reflet imparfait du monde des idées. Ce dualisme idéaliste procéderait d’une véritable inversion des valeurs. La vie n’a plus le primat sur la pensée. Elle doit être justifiée par la pensée. Face au désespoir d’une vie insensée, l’homme moderne chercherait dans l’instauration de valeurs supérieures à la vie un moyen de justifier son existence et d’en fuir la réalité tragique. C’est ici la première étape du nihilisme. Le nihilisme dit « négatif », celui qui, détruisant la vie en la découvrant affreuse, joue le jeu de la métaphysique et de la religion. Ce nihilisme prône une vie monacale, terne, une vie qu’il n’est plus scandaleux de sacrifier au nom d’une idée, à la manière de Socrate s’empoisonnant lui-même au nom d’un monde plus vrai : « Aux yeux de la morale, il faut que la vie ait tort, car la vie est essentiellement immorale. » À ce titre, il est tentant de voir en Nietzsche la réalisation historique du personnage de Calliclès, adversaire invaincu de Socrate dans le Gorgias, pour qui le droit est une inversion perverse des forces naturelles fomentée par les médiocres contre les forts, c’est-à-dire les plus courageux. Cette disposition psychologique qui consiste à faire passer la faiblesse pour une posture morale contre un obstacle que nous ne nous sentons pas capables de combattre, Nietzsche l’appelle le ressentiment.

Dans son travail généalogique, Nietzsche montre que c’est le ressentiment qui a provoqué l’invention du devoir-être afin de le substituer à un être trop insurmontable. Au nihilisme négatif qui n’est pas capable de s’en tenir au non-sens de la vie, Nietzsche préfère un « nihilisme réactif (1) », degré supérieur dans le progrès du nihilisme qui se traduit par la négation des valeurs supérieures elles-mêmes. Rien ne vaut rien, rien n’a de valeur sauf le présent immédiat et le plaisir qui peut s’y trouver. Pour Nietzsche, ce dépassement du tragique qui consiste justement à l’assumer nous libère du ressentiment. Il est celui de l’esthète, du viveur ou du cynique. Préconisant la victoire progressive de l’informe contre les valeurs morales qui tentent de donner une forme à la vie, Nietzsche soutient qu’il faut non pas chercher à nous consoler de la cruauté de la vie, mais à l’aimer joyeusement par un acquiescement total, qui n’exclut aucun aspect du réel.


Le surhomme, éclair et folie




En poussant la crise nihiliste à son extrême, Nietzsche cherche à en imaginer une issue grâce à sa théorie du « surhomme » qui pose les conditions de sélection d’une humanité nouvelle, celle d’une élite de dominants et de chefs qui régissent la masse des faibles (encadré ci-dessous). Contrairement à Hegel pour qui la contradiction doit être un moment dépassé du mouvement de la pensée, Nietzsche pense que la force de la volonté ne se mesure pas par l’aptitude à surmonter la contradiction mais par l’aptitude à y faire face et à s’y tenir. Sans pour autant être un nouveau dieu, le surhomme est celui qui aura assumé sa finitude en riant et dansant.

Loin des grandes synthèses philosophiques, le style de Nietzsche prend la forme de l’aphorisme et de la métaphore, témoignant du caractère multiple, contradictoire et interprétatif de la réalité. Alliant les notions traditionnellement envisagées comme oxymoriques de « science » et de « joie », Nietzsche prétend libérer le discours philosophique de son esprit de sérieux, de son style lourd et conformiste. La Gaya Scienza, traduite par Le Gai Savoir, énonce pour la première fois la doctrine de « l’éternel retour du même » (encadré ci-dessous), cette formule suprême de l’affirmation, autour de laquelle il va bâtir son chef-d’œuvre, Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885). Prophète descendu sur terre pour annoncer aux hommes la venue du surhomme, Zarathoustra est l’avatar de la pensée de Nietzsche qui s’exprime comme une parole sacrée, en paraboles, poésies et chants. La lecture de cette œuvre a souvent déboussolé les commentateurs de Nietzsche, l’appréhendant soit comme un texte poétique dont l’intérêt serait principalement esthétique, soit comme la consécration géniale et inspirée de l’œuvre du philosophe : « Voici je vous enseigne le surhumain, il est cet éclair, il est cette folie. »
En 1889, Nietzsche, après avoir tenté vainement d’épouser Lou Salomé, une jeune Russe exceptionnellement belle et intelligente, et après la mort de son ami Richard Wagner, se retrouve en plein désarroi moral et physique. Pris d’empathie par la vue d’un cheval battu dans une rue de Turin, il se serait effondré en se jetant au cou de l’animal. Légende ou réalité, l’anecdote se répand et attire enfin l’attention du grand public sur son œuvre. Pris en charge par sa mère, puis sa sœur, Nietzsche passera onze ans dans un état végétatif et meurt le 25 août 1900, en génie foudroyé, sans jamais n’avoir rien su de sa gloire. Propriétaire des archives de son frère, Elisabeth, mariée à un fervent défenseur du nazisme, n’hésitera pas à falsifier, par le biais d’un montage, les derniers textes de Nietzsche publiés sous le titre La Volonté de puissance. Cette récupération nazie, Nietzsche l’avait comme anticipée, persuadé de laisser une œuvre dont la subversion et la puissance finiraient, un jour, par lui échapper : « Je frémis à la pensée de tout l’injuste et l’inadéquat qui, un jour ou l’autre, se réclamera de mon autorité (2)


À LIRE

• La Naissance de la tragédie

1872, rééd. Gallimard, coll. « Folio », 1989.

• Le Gai Savoir

1882, rééd. Flammarion, coll. « GF », 2007.

• Ainsi parlait Zarathoustra

1885, rééd. Kimé, 2012.

• La Généalogie de la morale 

1887, rééd. Gallimard, coll. « Folio », 2007.

• Le Cas Wagner

1888, rééd. Allia, 2007.

• Crépuscule des idoles 

1888, rééd. Gallimard, coll. « Folio », 2002.

• Ecce Homo

1888, rééd. Gallimard, coll. « Folio », 2012.
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Contre les philosophes



Friedrich Nietzsche n’aime pas les philosophes et s’en prend à eux sans ménagement. Pour lui, ceux qui se présentent comme des sages, des maîtres de vérité, des esprits lucides et éclairés ne font que dissimuler leurs opinions personnelles et leurs croyances derrière des idées abstraites. Les philosophies cachent leurs convictions sous un épais manteau de concepts, de démonstrations et de vocabulaire obscur. Ils se présentent comme des savants ayant découvert de profondes vérités au terme d’un long et difficile cheminement de la pensée. En fait, ce sont des avocats qui défendent une cause. Ils n’ont même pas la lucidité de s’en rendre compte…

« Ce qui incite à considérer tous les philosophes d’un œil mi-méfiant, mi-sarcastique, ce n’est pas (…) la fréquence et la facilité avec lesquelles ils se méprennent et s’égarent (…). Ils se présentent tous sans exception comme des gens qui auraient découvert et atteint leurs opinions propres en vertu du déploiement autonome d’une dialectique froide, pure, d’un détachement divin (…) : alors qu’ils défendent au fond, avec des raisons cherchées après coup, un principe posé d’avance, un caprice, une “illumination”, la plupart du temps un vœu de leur cœur rendu abstrait » (Par-delà bien et mal).
Jean-François Dortier

Être ou ne pas être nietzschéen ?



Que veut dire être nietzschéen aujourd’hui ? Est-ce défendre les droits du désir, de la volonté, de la passion contre l’empire de la raison et de l’ordre rationnel ? Refuser les petits calculs étriqués qui nous font renoncer à l’essentiel (l’aventure, la vie) pour le médiocre : le confort, la sécurité ?

Être nietzschéen, est-ce assumer sa subjectivité, son style, sa liberté de pensée et de critique contre l’esprit de système et l’illusion d’une vérité absolue ? Est-ce refuser le moralisme, l’égalitarisme et défendre une éthique aristocratique de la différence ?

Être nietzschéen, c’est sans doute un peu tout cela à la fois. Car on trouve tous ces éléments chez Friedrich Nietzsche. La pensée du philosophe allemand est animée par le vitalisme. Vivre, c’est donner libre cours à une énergie créatrice, un élan.
 Cette force vitale peut prendre la forme de la création artistique où elle s’exprime librement sans nuire à autrui. D’autres forces trouvent leur source dans l’affrontement, la confrontation à autrui ou aux choses. Nietzsche ne craint pas cela. 
Il ne recherche pas l’harmonie universelle, l’égalité et entend valoriser le combat, la lutte. 
De la lutte doit sortir un vainqueur et un vaincu. La morale de Nietzsche
 se situe Par-delà bien et mal. Si « Dieu est mort », la vie n’est qu’un chaos sans but où s’affrontent les êtres.

Au début des années 1990, de jeunes philosophes éditaient un ouvrage en forme de manifeste : Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens.
 Ils prenaient parti contre la philosophie de leurs aînés – celle de Jacques Derrida, Michel Foucault, Jacques Lacan, elle-même héritée de Karl Marx, Sigmund Freud, 
et surtout Nietzsche – assimilée à une « philosophie du soupçon ». Cette philosophie du soupçon était une pensée hypercritique à l’égard d’une « raison » qui serait le représentant de l’ordre dominant. Cette démarche critique et généalogique visait à débusquer les conditions de production des discours moraux, religieux, idéologiques et cherchait à dévoiler l’arrière du décor : 
qui parle ? Avec quels procédés rhétoriques ? Et pour défendre
 quel ordre ?
Jean-François Dortier

«Dieu est mort»



Souvent attribuée à Friedrich Nietzsche comme une prise de position personnelle et athéiste, l’expression « Dieu est mort » apparaît en réalité sous sa plume davantage comme un constat, ni revendicatif ni attristé, annoncé par la figure prophétique de Zarathoustra. En effet, à l’heure où Nietzsche écrit Ainsi parlait Zarathoustra, l’athéisme avait déjà gagné l’Europe, de sorte que cette annonce sonne comme un fait établi et évident. Mais ce qui intéresse surtout Nietzsche, ce sont les conséquences d’un tel événement. Il réalise que ce qui aurait dû libérer l’homme du fardeau de la transcendance divine et de ses exigences morales l’enferme dans un vertige, celui du vide laissé par l’absence d’un être suprême. Aussi le Dieu dont parle Nietzsche n’est-il pas seulement le Dieu chrétien, mais le Dieu au sens d’idéal, celui du monde suprasensible platonicien, celui de la métaphysique. Ayant perdu ses références, l’homme est alors tenté de sombrer dans le nihilisme et le relativisme moral. À la fois bonne et mauvaise nouvelle selon ce que l’homme décide d’en faire, la mort de Dieu le place au seuil d’un grand défi : dépasser l’humain jusqu’ici aliéné sous le joug d’instances supérieures pour se transmuer en un nouveau genre, le surhumain : « Si nous ne faisons pas de la mort de Dieu un grand renoncement et une perpétuelle victoire sur nous-mêmes, nous aurons à payer pour cette perte. »
Louisa Yousfi

La volonté de puissance : morale du héros ?
Concept clé de la pensée nietzschéenne, la volonté de puissance signifie moins 
la simple recherche du pouvoir que la logique même de toute vie.

De quoi l’invention des valeurs est-elle le symptôme ? De la volonté de puissance. Telle est la thèse défendue par Friedrich Nietzsche, qui perçoit la vie comme un proces­sus infini d’accroissement et d’intensification de la puissance. Principe ontologique, la volonté de puissance est l’activité pulsionnelle qui régit le plus intimement la vie organique. Ainsi la réalité tout entière n’est aux yeux de Nietzsche que la manifestation de la volonté de puissance de forces actives, qui s’opposent selon une logique de concurrence mais aussi d’alliance. Dès lors, la morale instaurée par le christianisme apparaît comme une force réactive, c’est-à-dire une volonté de puissance frustrée, contre-nature, qui se retourne contre elle-même. Elle est ce qui nous enjoint à être sage, raisonnable, conforme, humble et soumis.



 


Morale contre désir





C’est pourquoi Nietzsche décèle dans le devoir l’expression d’une cruauté ascétique qui va à l’encontre de notre nature même. Véritable mortification de l’homme sur lui-même, le devoir moral pousse l’homme à se sacrifier sur l’autel des idées et d’un monde intelligible. En célébrant la volonté de puissance, Nietzsche veut redonner ses droits aux instincts et aux puissances vitales. Contre la soumission à une loi universelle, il invite l’homme à s’affirmer en tant qu’individu. En effet, la morale est, pour Nietzsche, le refuge des faibles, des esclaves, des bâtards et de la masse de gens ordinaires. Ceux-là sont dominés par la peur de la mort, leur esprit de servilité et leur mauvaise conscience. 
Loin d’être sublime et pure telle qu’elle se propose, la morale puise en vérité ses sources au cœur même des pulsions. Et pour comprendre la généalogie d’une morale, il convient d’aller en fouiller les origines au sein de passions moins nobles qu’il y paraît. Très influencé par cette vision de forces vitales instinctives, Sigmund Freud élaborera son opposition entre les pulsions inconscientes et le « surmoi », qui représente la culture et la morale, chargé de dompter les forces bouillonnantes du désir.




Vers le surhomme





Les instincts vitaux qui donnent l’impulsion à la « volonté de puissance » s’expriment à travers l’ambition du héros, de l’homme d’exception, de l’aventurier, du combattant, du conquérant, du « surhomme ».


Cependant, si la volonté de puissance prône le désir d’expansion de son pouvoir personnel, elle n’implique pas forcément l’anéantissement de l’adversaire, comme a pu le laisser entendre la récupération nazie de ce concept. La volonté de puissance est un processus complexe qui allie la croissance et l’assimilation de l’autre. Elle est une disposition psychologique qui consiste à se surmonter soi-même, en l’absence de lois morales transcendantes. Ainsi, les « sans-peur », les surhommes, loin de pleurer la mort de Dieu, y voit l’occasion d’une fête, d’une naissance, celle d’une nouvelle « race d’hommes ». Pour le surhomme, la mort de Dieu indique l’émancipation de l’homme qui retrouve toutes ses facultés créatrices jusqu'alors aliénées. On assiste dès lors à l’émergence du héros nietzschéen. Celui qui est capable de créer du sens face à la finitude de l’existence.


Mais cette philosophie perfectionniste, « aristocratique » et surhumaine a suscité bon nombre de critiques, notamment de la part du philosophe italien Domenico Losurdo pour qui Nietzsche est un philosophe réactionnaire, antirévolutionnaire, dont les formules – « anéantissement de millions de ratés » – ne peuvent plus simplement être justifiées comme d’innocentes métaphores.

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L'éternel retour du même

« Veux-tu cela encore une fois et une quantité innombrable de fois ? » C’est à la réponse à cette question que Friedrich Nietzsche propose de reconnaître la voie qui mène à l’élévation vers le surhomme. Emprunté aux présocratiques qui concevaient le cours du temps comme un cercle au sein duquel les événements se répéteraient fatalement, le mythe de « l’éternel retour du même » chez Nietzsche tient moins de la cosmologie que de l’établissement d’une épreuve consistant en la répétition éternelle de tous les événements physiques et psychiques de notre vie. Face à un tel défi, deux réactions sont possibles. Soit nous sommes anéantis par cette nouvelle perçue alors comme une malédiction, soit nous sommes capables de l’accepter joyeusement. La question du « retour éternel du même » prend ainsi l’allure d'une morale nouvelle, une ultramorale, qui, en opposant l’horreur à une force d’affirmation plus grande, permet de lier tous les aspects bienheureux et effroyables de l’existence et de sortir de la dichotomie entre bien et mal. Véritable platonisme inversé, l’éthique nietzschéenne répudie la distinction entre être et devoir-être et prône l’acceptation inconditionnelle de la vie dans sa totalité. En invitant l’homme à se questionner sur le sens et la valeur de ses actes et de ses affects, Nietzsche cherche à le libérer du ressentiment qui fait l’homme du troupeau, l'homme faible : « Cette question, en tout et pour tout, pèserait sur toutes actions d'un poids formidable ! » En cessant de vouloir distinguer ce qui est, ce qui doit être de ce qui mérite d'être, le surhomme prend la totalité de l'être à sa charge : «  Combien il te faudrait aimer la vie, combien il te faudrait t’aimer toi-même, pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation. ».

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Re: Nietzsche ta mére

le Ven 11 Déc 2015 - 8:26
"L'homme cherche "la vérité": un monde qui ne puisse ni se contredire, ni tromper, ni changer, un monde vrai - un monde où l'on ne souffre pas; or la contradiction, l'illusion, le changement sont cause de la souffrance! Il ne doute pas qu'il existe un monde tel qu'il devrait être; il en voudrait chercher le chemin (...).
Où l'homme est-il allé chercher le concept de réalité? Pourquoi déduit-il justement la souffrance du changement, de l'illusion, de la contradiction? Pourquoi n'en tire-t-il pas plutôt son bonheur?...
Le mépris, la haine de tout ce qui se passe, change et varie - pourquoi cette valeur attribuée à ce qui dure? Il est visible que la volonté de trouver le vrai n'est que l'aspiration à un monde du permanent.
Les sens nous trompent, la raison en corrige les erreurs; donc, a-t-on conclu, la raison est la voie qui mène au permanent; les idées les moins concrètes doivent être les plus proches du "monde vrai". - La plupart des catastrophes proviennent des sens, - ils sont trompeurs, imposteurs, destructeurs.
Le bonheur ne peut avoir de garantie que dans l'être; le changement et le bonheur s'excluent. Le vœu suprême sera donc de s'unir à l'être. Voilà le chemin du bonheur suprême (...).
La croyance que le monde tel qu'il devrait être, est réellement, c'est une croyance d'improductifs qui ne veulent pas créer un monde tel qu'il doit être. Ils le supposent donné, ils cherchent les moyens et les chemins qui y mènent. Vouloir "le vrai" - c'est s'avouer impuissant à le créer"

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