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sitotoetela
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pourquoi le haka fait gagner

le Sam 17 Sep 2011 - 13:36
Lorsque l’on demanda au maître du haka Henare Teowai, alors sur son lit de mort, ce en quoi consistait son art, il se contenta de répondre : «Le corps entier doit parler». Ce rituel dont chaque tribu maorie avait autrefois une pratique différente était exécuté à l’origine aussi bien par les hommes que par les femmes, comme on a pu le voir lors de la cérémonie d’ouverture du 9 septembre dernier.

Seule une partie des hakas traditionnels est d’inspiration guerrière. Il faut bien distinguer le haka tels que le pratiquaient les Maoris autrefois — et auquel certains tentent encore aujourd’hui de faire respecter les caractéristiques, et le haka des All Blacks, cérémonial médiatique qui s’inspire du précédent mais ne correspond pas exactement aux pratiques traditionnelles, même si les tribus ayant des droits de propriété intellectuelle sur le haka autorisent et forment les Blacks à l’exécuter.

A l’instar de ceux-ci, les équipes de rugby des États des îles du Pacifique exécutent une danse similaire au haka avant chaque match. Mais l’inclusion de telles danses est plus récente: le Cibi des joueurs de rugby Fidjiens, le Siva tau des Samoans, le Kailao (ou Sipi tau) des Tonguiens, ont été codifiés spécifiquement pour faire face au voisin néo-zélandais.

Le haka est une pratique de musique et de danse très codifiée, où interviennent des mouvements percussifs ainsi qu’une parole qui, comme le fait remarquer le linguiste Michel Chafcouloff, est à la fois «chantée» et «criée». Le lexique corporel du haka comprend quant à lui de nombreux mouvements, mais aussi des expressions faciales particulières. Si la synchronisation entre les participants n’est pas de rigueur dans la pratique traditionnelle maorie, les All Blacks interprètent généralement le haka de façon synchronisée.

En revanche, les joueurs ne manquent pas de tenter d’impressionner leur adversaire en accentuant la composition selon leur goût par le pukana et le ngangahu (dilatation des yeux), ou encore par le whetero (sortie de la langue), symbole phallique témoignant de sa virilité. Si le haka des All Blacks est interprété par les 22 Néo-Zélandais présents sur la feuille de match, il est mené par un seul des joueurs, souvent d’origine maorie mais pas forcément, qui joue le rôle de chef de chœur en entonnant la harangue préliminaire.

Les autres exécutants répondent ensuite à cette harangue en entamant le haka choisi au préalable: la partie chorégraphiée et chantée commence alors, s’appuyant sur l’assise rythmique crée par les percussions des mains sur les cuisses, les bras et la poitrine. Un haka est très court et s’arrête après un dernier cri au bout d’une minute à peine, tandis que la tension a été amenée à un seuil élevé. La partie peut alors commencer...
«Ka mate»

Si le répertoire des tribus maories est constitué de plusieurs dizaines de hakas, le répertoire des All Blacks est bien plus limité. À l’exception du «Kapa O Pango» inauguré sous le capitanat de Tana Umaga, régulièrement à l’honneur aujourd’hui grâce au meneur extrêmement spectaculaire qu’est Piri Weepu, on a rarement l’occasion d’être spectateur d’un autre haka que le «Ka mate».

Celui-ci aurait été composé par le chef Te Rauparaha vers 1820 pour la tribu Ngati Toa, après avoir échappé à une armée ennemie grâce à la bienveillance d’un chef tribal ami et de sa femme, comme le raconte le texte. Les Ngati Toa avaient bien besoin d’un tel cri de guerre, car ils étaient une tribu pacifique qui n’avait jamais combattu.

Sans doute est-ce à cause de cette configuration stratégique-là que le «Ka mate» est devenu un moyen privilégié pour exhorter les Néo Zélandais à être courageux en mêlée et à plaquer sans relâche, et ce dès le plus jeune âge. Le «Ka mate» est un ngeri, un haka court exécuté sans armes. La formule anglo-saxonne, empruntée à la harangue célèbre d’Henry V à ses soldats avant la bataille d’Azincourt dans la pièce éponyme de Shakespeare, veut que ce haka serve à «stiffen the sinews, summon up the blood» [«bandez vos muscles, excitez votre sang» (1)].

Cette harangue n’est-elle pas la chose la plus proche d’un haka que la Perfide Albion ait jamais pu inventer pour faire souffrir ses voisins d’outre-manche? En fait de «muscles» et de «sang», il s’agit surtout de souffle, de mental, et avant tout, d’esprit de groupe.
Plus qu'un échauffement

Comme de tous les chants guerriers, il s’agit de canaliser l’énergie des acteurs dans un rituel qui les prépare à la mobilisation de toutes leurs capacités physiques et mentales. Par l’usage de la parole «criée» ou «chantée», qui oblige les joueurs à contrôler leur diaphragme pour préparer leur souffle à l’effort et par la chorégraphie effectuée par les exécutants dans une position extrêmement basse sur leurs appuis, qui conduit les joueurs à mobiliser fortement les quadriceps notamment, et ainsi à prolonger leur échauffement musculaire pendant que leurs adversaires se tiennent immobiles face à eux.

Ainsi, il apparait que si le haka impressionne les adversaires des All Blacks, ce n’est pas parce que ceux-ci sont physiquement imposants, ni même parce qu’ils miment le tranchage de gorge, mais parce que leur danse parfaitement synchronisée annonce la précision clinique de leurs offensives, et met en confiance les participants au haka, qui prennent conscience de la présence à leurs côtés d’un groupe uni dans la réalisation d’une action commune.

Enfin et surtout, le haka replace le moment présent dans le temps long de l’histoire et impose sa mystique à tous les acteurs spectateurs de ce moment. En ce sens, il constitue une forme de prophétie autoréalisatrice, qui peut s’avérer très efficace, surtout lorsque l’équipe adverse oublie de désacraliser ce spectacle.
Répondre au haka sacré

Depuis près de 100 ans, le rugby international est donc hanté par un syllogisme d’une simplicité déconcertante:

Les All Blacks sont les meilleurs au jeu de rugby -> les All Blacks effectuent le haka -> le haka rend All Blacks meilleurs.

Dès lors, les équipes qui rencontrent les All Blacks sont souvent amenées à aborder leur match par la recherche d’une réponse à l’énigme du haka. Que faut-faire face à lui? Le défier, le perturber, l’ignorer? Où vaut-il mieux se placer? En effet, ayant la particularité d’être exécuté entre les hymnes nationaux (oui, la Nouvelle-Zélande a un hymne national, «en plus» du haka) et le début de la rencontre, le haka fait déjà partie du match. Mouvements, bruits, regards, il constitue déjà un défi physique.

La place très importante accordée au haka conduit aussi à des polémiques récurrentes. Les Néo-Zélandais et leur sponsor Adidas, après l’avoir négligé plusieurs décennies durant disent les uns, ont inventé de toutes pièces un crime de lèse-majesté au cours des années 1990. D’autres critiquent un spectacle remis à l’honneur tardivement sous l’impulsion de Buck Shelford vidé de son sens originel par les enjeux économiques.

Au point d’être désormais un spectacle protégé par les instances internationales au nom de la tradition historique du rugby international et des règles implicites du sport: «La première, c’est qu’on ne frappe pas un homme à terre. L’autre, c’est qu’il y a une ligne sacrée devant les participants au haka et qu’on ne doit pas la franchir», assurait l’ancien Black Norm Hewitt.

A la suite des nombreux incidents de cette nature, il existe depuis 2010 une directive de l’IRB sanctionnant une progression à moins de dix mètres de l’équipe adverse pendant le haka. Cette sacralisation du haka ne correspond pourtant pas à la protection d’un ordre ancien, car le haka néo-zélandais a toujours été l’objet de réponses.
Sanctionnés pour non respect

Dès la tournée des All Blacks de 1905 et la défaite des «originals» face aux Gallois lors de laquelle les joueurs du XV du poireau répondirent au haka par une interprétation improvisée de l’hymne «Land of my fathers», qui fut vite entonné par tous les spectateurs. L’entorse à la tradition est donc aussi vieille que la tradition du haka elle-même, ce que les All Blacks semblent avoir préféré oublier, donnant lieu à la polémique assez pathétique les ayant opposés à la fédération galloise en 2008 et à leur refus d’exécuter le haka ailleurs que dans les vestiaires du Millenium stadium de Cardiff.

Parmi les iconoclastes les plus fameux, notons les Irlandais de 1989, la légende australienne David Campese, coupable d’avoir préféré ne pas regarder le haka et rester dans son camp s’entraîner aux coups de pied avant la demi-finale du mondial 1991, l’Anglais Richard Cockerill, coupable d’avoir passé la ligne fatidique et provoqué son vis-à-vis en 1997, et même l’équipe féminine australienne, sanctionnée financièrement pour une même attitude en 2010. Ironiquement, All Blacks eux-mêmes ont été avertis pour s’être placés trop près.
Et la lettre de Guy Môquet dans tout ça?

Les joueurs français sont la plupart du temps très respectueux de l’équipe néo-zélandaise et du haka, à l’image de l’ancien talonneur Philippe Dintrans, qui a souvent clamé son amour du haka :

«Moi, si je n'avais pas été Français, j'aurais aimé être un All Black. Après la Marseillaise, je me délectais du haka sur le terrain. C'était comme une louche de caviar. J'aurais aimé sauter avec eux à la fin.»

Devenu maître dans l’art de faire déjouer les maîtres du jeu, le XV de France avait, lors du Mondial 2007, aussi su montrer sa détermination à ne pas être simple spectateur d’un récital néo-zélandais. A commencer par réponse, parfaite, au haka neo-z : les Français s’étaient approchés au plus près de la ligne, formant un mur bleu.

Le haka étant une chorégraphie sublime, au sens philosophique du terme, il conduit à une «occupation fantasmatique de l’espace», comme l’a montré la philosophe rugbyphile Catherine Kintzler dans une analyse très stimulante. Laquelle ne s’accommode pas des transgressions que nous évoquions plus haut. La réussite des Bleus est d’avoir ramené l’espace conquis par les Blacks à sa «quantité mathématique».

La chorégraphie des All Blacks est réglée comme du papier à musique? Venons donc nous approcher pour la voir de plus près, sans même toucher les joueurs adverses. Cette chorégraphie met en valeur la musculature des adversaires? Plus nous sommes près d’eux, plus leur position fléchie les met en situation de paraître de taille inférieure. Leur maillot est mythique? Qu’à cela ne tienne, mettons en scène nos couleurs...

Au total, non seulement cette opération met à mal le rituel des Néo-Zélandais, pris à leur propre piège, mais il permet aussi de ne pas être troublé par l’histoire de l’adversaire et de rentrer dans son match sans subir le mythe. L’équipe de France ayant, en coupe du monde en particulier, un bilan de résultats très honorables face aux All Blacks, elle ne subit pas le haka comme une fatalité, et peut profiter de ce spectacle et se concentrer sur elle-même.

Quid de 2011? Le XV de France restera t-il stoïque face aux All Blacks, ou proposera-t-il une réponse surprenante au haka? Pourquoi ne pas emprunter son spectaculaire «Pilou-Pilou» au Racing Club Toulonnais, qui avait tant impressionné la star All Black Tana Umaga? On pourrait aussi imaginer qu’inspirés par le «haka» de l’équipe interarmées du XV du Pacifique lors du dernier défilé du quatorze juillet et menés par le jeune international d’origine wallisienne Raphaël Lakafia, nos Bleus préfèrent inventer leur propre danse...

L’équipe de France peut aussi compter sur son hymne national pour se préparer psychologiquement, comme le soutenait l’ailier Vincent Clerc en 2007:

«Les Blacks ont le haka, mais nous avons la Marseillaise! La chanter à tue-tête au début de chaque match avec des dizaines de milliers de supporters est un rituel qui me fait vibrer et me transcende».

On ne peut manquer de signaler l’épisode sans lendemain de la dernière coupe du monde, lors de laquelle Bernard Laporte, sur le point de devenir secrétaire d’État aux sports, fit lire par les joueurs la Lettre de Guy Môquet censée les pousser à se dépasser. Hélas, sans succès...

Felix de Montety

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Titi
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Re: pourquoi le haka fait gagner

le Sam 17 Sep 2011 - 13:49
C'est des conneries. Un en-avant de passe et Barnes au sifflet, voilà qui est imparable.

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