ASM clermont auvergne rugby
« La société de consommation porte mal son nom, car un con ne fait généralement pas de sommation avant de dire une connerie en société. »

La vie de supporter de l'ASM n'est qu'une suite de petites déceptions au milieu desquelles survient, de temps en temps, une grande désillusion


« Les personnages et les situations de ce forum étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »


Partagez
Voir le sujet précédentAller en basVoir le sujet suivant
avatar
sitotoetela
Admin
Admin
Nombre de messages : 25931
Réputation : 239
Date d'inscription : 18/11/2007
http://www.hakakiri.net

Le professionnalisme a-t-il uniformisé le rugby?

le Mar 27 Sep 2011 - 17:39
L’avènement du professionnalisme dans le rugby en 1995 a fait l’effet d’un séisme. En quelques années, les initiés ont vu leur sport se transformer profondément: arrivée des télés, des sponsors, matchs délocalisés dans des stades de 80.000 places, calendriers chics sur papier glacé... Le rugby est devenu hype. Comme toute mutation accélérée, celle-ci ne s’est pas faite sans heurts.

En France, par exemple, des monuments des années 1970-80 n’ont pas trouvé leur place dans ce nouveau monde (La Voulte, Béziers...). Le «rugby de clocher» a bel et bien vécu, au moins au plus haut niveau. Place désormais aux «rugbix», des supporters consommateurs qui viennent par milliers au stade acclamer la dernière recrue de l’hémisphère sud ou le premier barbu télégénique qui passe. Nous ne referons pas ici le débat sur les fameuses «valeurs» du rugby et sur leur disparition supposée.

Non, nous allons parler de jeu. Professionnalisation et mondialisation ont-elles entraîné une uniformisation des styles de jeu? Les différentes écoles de rugby sont-elles en voie de disparition? Le french flair, par exemple, ce concept forgé par les anglo-saxons pour désigner notre jeu instinctif, imprévisible, parfois suicidaire et faisant la part belle aux envolées des trois-quarts, semble aujourd’hui bien mal en point. De même, le style offensif et virevoltant des rugbymen fidjiens n’est-il pas menacé par le pillage de leurs meilleurs éléments par la Nouvelle-Zélande?

Le rugby est devenu un sport global. Les carrières se nouent désormais dans les deux hémisphères, les sélections nationales se sont largement ouvertes aux coaches étrangers, chacun épie puis copie ce qui se fait de mieux ailleurs (merci la vidéo). Le risque étant que tout le monde se ressemble. Les coupes du monde, d’ailleurs, sont rarement une bonne publicité pour le rugby. Les équipes recourent souvent à des tactiques minimalistes dès qu’arrivent les matchs couperets: combat au près, jeu au pied omniprésent... pour l’engagement ok, mais pour le spectacle, il faudra repasser.
Entraîneurs étrangers

Preuve de cette uniformisation, le recours à des entraîneurs étrangers pour les nations dites «mineures» qui souhaitent s’inspirer des meilleures. Comme les fédérations de football africaines font appel à des coachs français ou allemands pour jouer à l’européenne, les équipes les plus faibles comptent dans leur staff une bonne partie de spécialistes néo-zélandais, australiens ou sud-africains. Sept sélections seront ainsi menées par des «head coaches» étrangers.

La part de plus en plus importante prise par la préparation physique contribue à une forme de standardisation. Autrefois réservé à tous les gabarits –petits, grands, maigres, gros– le rugby a désormais besoin d’athlètes. Faire la différence entre un trois-quart et un avant relève de la gageure. Lors du dernier Tri Nations, l’Afrique du Sud s’est régulièrement présentée avec des paquets d’avant dépassant les 900 kg... à 8.

Comme le dit François Trillo, le journaliste rugby de Canal+, «le poids tourne entre 100 et 120 kg pour tout le monde», même si «évidemment, il y a des contre-exemples. Il y a Benoit Paillaugue à Montpellier, Marc Andreu à Castres». Ou encore «Maxime Médard: ce n’est pas le mec qui a la ceinture abdominale la plus impressionnante et pourtant il est génial.»

Et pèse tout de même 93kg, ce qui n’en fait pas un feu-follet. Sur les 30 joueurs français retenus par Marc Lièvrement, seuls trois sont en dessous des 90 kg: Parra, Yachvili et Palisson. Huit de leurs partenaires oscillent entre 110 et 120 kg. Avec 1m93 et 103 kg, Aurélien Rougerie, trois-quart centre, aurait été dévolu au poste de deuxième ou troisième ligne il y a encore vingt-cinq ans, tout comme Damien Traille, aux mensurations identiques. Leurs devanciers les plus fameux, les frères Boniface ou Philippe Sella ne dépassaient pas les 85 kg.
Puissance ET mobilité

On semble toutefois être revenu de la grande mode du début des années 2000, faisant la part belle aux monstres bodybuildés au milieu du terrain. Désormais, avec l’augmentation du temps de jeu effectif, on recherche des joueurs costauds, certes, mais aussi mobiles. Explosifs surtout. L’exemple de l’Australie est frappant. Il y a une dizaine d’années, les Wallabies de Mortlock, Herbert et Wendell Sailor sont pionniers dans un style de jeu tout en puissance, mais assez stéréotypé.

Sous Bernard Laporte, la France tente de suivre le mouvement, et fait à son tour appel à des joueurs comme Brian Liebenberg ou Damien Traille pour enfoncer les défenses adverses. Depuis quelques années, sous l’impulsion de son coach néo-zélandais Robbie Deans, les Wallabies installent une nouvelle génération au pouvoir: des joueurs un peu moins lourds, mais beaucoup plus véloces et créatifs, comme Quade Cooper ou Kurtley Beale...

Ce n’est pas une surprise si les nations du Sud viennent régulièrement dézinguer leurs collègues du Nord: des saisons moins étalées, des plages de préparation plus longues...Tout cela laisse le temps de mettre en place un jeu plus abouti.

Un temps dont ne disposent pas les nations européennes, en perpétuelle bisbille avec les ligues professionnelles, qui souhaitent à tout prix rentabiliser leurs investissements en disposant de leurs internationaux. Tana Umaga, l’ancien capitaine des All Blacks, ex-entraîneur de Toulon, nous confiait récemment toute la difficulté du calendrier européen:

«En France, on me demandait souvent où était passé le french flair. Je répondais que je n’en savais rien. On ne peut pas demander aux joueurs de développer un rugby offensif pendant dix mois de l’année, surtout l’hiver, dans la boue et la pluie. Si vous regardez Toulouse, qui est une référence, ils savent bien jouer au ballon en début et en fin de saison, mais au milieu de l’année, ils jouent de manière beaucoup plus mesurée et conservatrice.»

La situation est identique pour les nations mineures. Faute de temps et de moyens, elles sont obligées de privilégier un style conservateur, axé sur le combat. Certaines développent d’ailleurs une vraie marque de fabrique, à l’instar de la Géorgie, pays traditionnel de lutte et dont la robustesse des avants est désormais reconnue. C’est même un pilier du Caucase, Davit Kubriashvili, qui a mis sur le banc la saison passée à Toulon le soit-disant «meilleur pilier droit de la planète», l’ex-All Black Carl Hayman.

Même appétence pour la mêlée du côté des Argentins, qui ont révolutionné la phase de jeu avec leur technique propre dite bajadita dans les années 70. Notons d’ailleurs que c’est un Sud-africain qui a développé cette passion des gauchos pour la mêlée. C’est loin d’être un hasard, puisque de toutes les nations de l’hémisphère sud, l’Afrique du Sud est celle qui a le style le plus singulier, avec son goût du combat et du défi physique lié à l’histoire des fermiers Afrikaners.
Rugby du Pacifique

A l’inverse, le rugby des îles du Pacifique semble souffrir de l’avènement du professionnalisme. Largement pillés par l’Australie et la Nouvelle-Zélande, les Fidjis, Tonga et Samoa ne développent plus que par éclairs leur fameux jeu de mouvement, et voient des nations comme le Japon se rapprocher de leur niveau. C’est ce qu’expliquait à Libération Pierre Villepreux, ancien coach de l’équipe de France, avant la Coupe du monde 2003:

«Par le passé, des équipes comme Fidji, Tonga ou les Samoa avaient une culture rugbystique naturelle. On jouait au rugby sans trop de réflexion. Maintenant, elles ne rentrent plus de la même manière dans le jeu, et du même coup la créativité se perd. Les joueurs talentueux s'y font plus rares. Ce rugby uniforme conduit à un lissage des spécificités identitaires (...). Peu d'équipes ont su préserver leur liberté. Regardez les Fidjiens, ils ne sont plus ni bons dans un rugby programmé ni bons dans le rugby adaptatif qui avait fait leur originalité.»

Handicapé par sa fragilité économique et par l’interférence des politiques, le quinze fidjien sera privé de plusieurs de ses stars lors du Mondial néo-zélandais: Rupeni Caucaunibuca (Toulouse), Jone Qovu (Racing Métro) et Isa Nacewa (Leinster) ont décidé de passer leur tour. Ce sera donc difficile pour lui de reproduire son exploit de 2007 (quart de finaliste).

François Mazet et Sylvain Mouillard

_________________
Le fou, l'amoureux et le poète sont farcis d'imagination.
Mon individualisme d'anarchiste est un combat pour garder ma pensée libre : je ne veux pas recevoir ma loi d'un groupe !
Voir le sujet précédentRevenir en hautVoir le sujet suivant
Permission de ce forum:
Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum