ASM clermont auvergne rugby
« La société de consommation porte mal son nom, car un con ne fait généralement pas de sommation avant de dire une connerie en société. »

La vie de supporter de l'ASM n'est qu'une suite de petites déceptions au milieu desquelles survient, de temps en temps, une grande désillusion


« Les personnages et les situations de ce forum étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »


Partagez
Voir le sujet précédentAller en basVoir le sujet suivant
avatar
sitotoetela
Admin
Admin
Nombre de messages : 25851
Réputation : 230
Date d'inscription : 18/11/2007
http://www.hakakiri.net

rugby et gamma gt

le Sam 22 Oct 2011 - 23:02
La mue radicale du jeu à XV ira-t-elle jusqu’à imposer des joueurs
tournant à l’eau claire? La Coupe du monde 2011 aura été la première à
soulever cette douloureuse question.





-
Le capitaine irlandais Brian O'Driscoll célèbre la victoire de son
équipe sur l'Angleterre lors du Tournoi des Six nations 2006.
REUTERS/Stephen Hird -






A l’heure où ces lignes sont écrites, les dés sont jetés.
Avec, au bout du tunnel, une seule alternative: 1) l’apothéose christique; 2) la
fin en eau de boudin. Les dés roulent et les pressions grimpent, comme jamais.
Plus de dix millions de téléviseurs annoncés branchés dans l’Hexagone; à 10h du
matin, un dimanche.


C’est le temps venu des bétabloquants et des croisements
de doigts. C’est de l’irrationnel en veux-tu en voilà. On n’ira pas à la messe,
mais aurait-on des cierges qu’on les brûlerait; à genoux s’il le fallait.
Disposerait-on de cous de poulets bénis? Ils seraient déjà enterrés à l’ombre
des poteaux de l’Eden Park. Qui
nous dit d’ailleurs que la chose n’est pas déjà faite? Gris-gris et vaudou ne
sont pas interdits à nos pèlerins puisqu’il nous il faut compter avec le Haka
de là-bas.


Sous la lune décroissante des antipodes, on subit plus
qu’on ne répond à ce défi guerrier. Alors reviennent les ritournelles
incantatoires. Il y a les lois absurdes de la statistique (Tout est possible sur un match); il y a aussi le souvenir de notre Empereur
corse (Impossible n’est pas français).
A dire vrai tout est peut-être déjà écrit dans le grand livre bleu et noir de l’Ovalie.
L’humiliante
victoire du Tonga en poule? Ecrite. Ecrits les invraisemblables coups du sort
assassinant les Gallois en quart, le sacre du feu-follet à l’ouverture et la
psychopathologie à ciel ouvert d’un groupe chaque jour défait, chaque lendemain
ressuscité. Si tel était bien le
cas, s’il nous fallait croire à la prédestination plus qu’au libre arbitre
alors toute magie serait inopérante. Ne resterait plus que les statistiques de
l’évidence, la préparation au pire, l’attente du dessous des cartes trop
prévisibles.


Cryothérapie

A dire vrai, le roi est nu et nous ignorons tout; tout
jusqu’au contenu du pari que pourrait être ici faire Pascal. Blaise Pascal qui
joua quelques saisons à Clairmont-Auvergne
avant
de monter à Paris. Là, il travailla les fluides, clarifia deux
concepts alors emmêlés (celui de pression et celui de vide) puis se
retirera trop tôt dans un club
champêtre du côté de la vallée de Chevreuse.


A dire vrai, nous rongeons notre frein. Et à tout prendre
mieux vaudrait sans doute le ronger en revenant sur ce qui –parions-le- restera
comme l’évènement marquant de cette Coupe du monde. Nous voulons parler de la
stratégie mise en place par les cerveaux de l’équipe du Pays de Galles. Procédé spectaculaire, radical
et nullement secret: une croix sur toute forme de boissons alcoolique (bières
comprises) associée à la cryothérapie.
On désigne ainsi le fait de placer de manière récurrente
les organismes dans un froid inhumain; une forme de cryogénie pratiquée avant
l’heure. La fin de la chaleur des alcools et la récupération par la glace en
somme.


Personne ne voulut croire les Gallois. La chose fut perçue
comme une galéjade celte, une
insulte aux traditions mêlées du rugby et des pubs en territoire minier. Cela
fut bien mal vécu puisque l’on retrouve cette tradition sous des formes
similaires partout où le rugby a pris racine. Or voilà que, dans leur volonté
de dépasser les autres, les
Gallois s’attaquaient au mythe fondateur de la troisième mi-temps.
Buveurs d'eau



Comment prendre de la peine sur le pré sans le réconfort
programmé? En un instant, les Gallois ne furent plus les Gallois mais des
«buveurs d’eau». La belle affaire quand on se pavane bruyamment sous les
oriflammes portées par un dragon pétant le feu. On sait ce qu’il en est, sous
bien des cieux, des rapports entre l’alcool et les attributs mâles. Or
qu’est-ce que le rugby sinon le dernier rectangle contemporain de la virilité
donnée en spectacle?


Gallois ne buvant plus que l’eau de leurs sources
minérales, donc. Dans les saintes colonnes de L’Equipe, le roboratif Pierre-Michel Bonnot décida que l’heure
était venue de monter, solitaire ou presque, au front. A la veille de Galles-France,
il fit le parallèle entre les deux méthodes de préparation. D’un côté les
vertus de la tradition, sauce néo-arverne: «l’endurcissement
des mollets sur les raidillons qui mènent aux centres aérés de la Haute-Loire»
.
De l’autre «la cryothérapie dans les
mines de glaçons de Lodz, où l’on écoule les invendus lié à la surproduction de
vodka polonaises»
.


Depuis Auckland, d’autres témoignages nous parvinrent
bientôt. Ainsi Marc Lièvremont croisant les joueurs
gallois au lendemain de leur qualification face à l’Irlande aurait eu ces mots
prophétiques:


«Ils avaient l'air assez frais pour des Gallois au lendemain
d'une victoire»
.

Il s’agissait
ici d’une (fine) allusion au comportement habituel des joueurs du XV du Poireau;
eux dont un
envoyé spécial en terre Black nous rappela qu’ils étaient «plus connus pour tourner aux alcools ambrés
qu’au jus de tomate»
. «Le
sélectionneur Warren Gatland a mis les joueurs devant leurs responsabilités,
expliqua
Andy Howell, du Western Mail de Cardiff. L’exclusion d’une star comme Gavin Henson, qui avait été exclu du
club de Toulon après s’être battu avec deux partenaires dans un bar, a été un
signe fort. Nommer Sam Warburton comme capitaine encore plus.»



On sait ce
qu’il advint devant la France de cet athlète de 23 ans, le plus jeune capitaine
de cette Coupe du monde. Il clamait haut et fort «ne tourner qu’à l’eau minérale», ce qui est une chose. Mais il
voulait que ses partenaires et administrés fassent de même.
Le rugby, selon cet
anabaptiste, primait tout et réclamait une «hygiène
de vie»
. «Quand le tournoi sera fini,
ils pourront savourer une bière bien méritée après cinq mois de diète»
, avait-il
cru pouvoir affirmer. Prédestination ou plein exercice de son libre-arbitre on
vit ce jeune et beau chapon finir
le tournoi avant les autres. Le pôvre en était encore au
temps des cathédrales:


«On se levait à 5 h30 pour s'entraîner, il faisait
quasiment nuit noire. Il y avait aussi un caisson de cryothérapie dans lequel
on marchait par -140°C, confie un volontaire gallois parlant de sa préparation.
On a détesté. Mais maintenant, on
ne le regrette pas. Avant, on avait tendance à s’écrouler au bout d’une heure
de jeu, ce qui n’est plus le cas.»

Le camp gallois avait
ainsi le cran
d’afficher son vœu de sobriété collective quand le sélectionneur
français expliquait n’avoir trouvé d’autre thérapie collective
qu’en proposant de réunir son groupe atomisé par le Tonga autour de
«trois
packs de bière»; en vain.
Dosage de Gamma-GT



C’est ainsi: on commence à ne plus parler impunément d’alcools
dans le monde enchanté du rugby. Hier tenues secrètes (quand elles n’étaient
pas glorifiées), les ivresses et leurs immédiates conséquences (violence,
comportements sexuels inappropriés) sont de moins en moins perçues comme des
incartades mais bien pour des fautes professionnelles. On en a d’ailleurs fait le
recensement ici-même.



L’examen médical d’embauche comportera-t-il demain
(comporte-t-il déjà) le dosage des transaminases hépatiques et des Gamma-GT? Notre nouvelle et envahissante
police des mœurs et des corps poussera-t-elle le rugby vers des substances
également psychotropes mais interdites? Il ne ferait alors que suivre, société du spectacle aidant,
les tendances irrépressibles observées dans tant et tant d’autres activités
sportives, généralement professionnelles.


Mais l’heure tourne. Rien, on le sait bien, n’est jamais nulle
part écrit à l’avance. Jamais. Rien. Pas même les chiffres qui seront inscrits
au planchot quand, dans les céphalées matinales du 24 octobre 2011, les
mouettes reprendront possession de
l’Eden Park.
Jean-Yves Nau

_________________
Le fou, l'amoureux et le poète sont farcis d'imagination.
Mon individualisme d'anarchiste est un combat pour garder ma pensée libre : je ne veux pas recevoir ma loi d'un groupe !
Voir le sujet précédentRevenir en hautVoir le sujet suivant
Permission de ce forum:
Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum