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tout à la main

le Mar 31 Jan 2012 - 17:51
Je ne sais plus écrire à la main
Claviers et logiciels de traitement de texte sont les plus précieuses innovations littéraires depuis la mise au point de la subordonnée relative.
La main de l'attaché de presse de la Maison Blanche Robert Gibbs montrant une liste de courses Jason Reed / Reuters

- La main de l'attaché de presse de la Maison Blanche Robert Gibbs montrant une liste de courses Jason Reed / Reuters -

Croyez-le ou non, le graphomane que je suis ne sait quasiment plus écrire. Enfin, plus écrire à la main. Qu'il me soit demandé de dégainer un stylo pour autoriser ma petite dernière à louper la gym parce qu'elle a le nez qui coule et c’est la panique. D'abord parce que je n'en ai généralement pas sur moi, de stylo, et qu'il faut donc que je mette toute la baraque sens dessus-dessous pour en dénicher un. Mais surtout parce qu'il me faut toujours un moment pour me souvenir de la manière dont on s'en sert…

Il faut dire qu'en dehors de ces périodes où ma rejetonne a les sinus encombrés, et au-delà de la rédaction d’un chèque ici et là — les prélèvements automatiques ne sont pas faits pour les chiens —, écrire à la main m'est devenu presque aussi exotique que scier du bois de chauffage ou aller chercher de l'eau à la fontaine. Oh, je n'ai pas toujours été comme ça et je peux encore me souvenir d'une période où ma belle écriture en script faisait l'admiration de mes maîtres, qu'ils apprécient ou non à sa juste valeur ce que j'avais à raconter.

Depuis maintenant pas mal d’années, pour autant, c’est via le clavier d’un ordinateur que je communique, que j’échange, que je corresponds, que je transmets, que j’approuve, que j’implore, que je refuse, bref, que j’exprime tout ce qui ne peut pas simplement être prononcé. Mais je ne suis plus si jeune et j’avais déjà commencé à me comporter comme ça à l’époque de la Remington en fonte, de l’Olivetti à ruban et de l’IBM à boule.

Journaliste en herbe dans une rédaction aux allures de service gériatrique, j'avais même traumatisé les confrères en refusant de confier des articles manuscrits aux linotypistes, ces types qui composaient les journaux au plomb fondu jusqu’au milieu des années 80. Du moins dans les entreprises de presse les plus technophobes…

«Mais tout de même, un journaliste, ça prend tout le temps des notes, non?» s’exclameront les naïfs qui croient que les types que l’on voit se bousculer autour d’un Sarkozy en déplacement chez SEB, bloc Rhodia et Bic Cristal en main, servent vraiment à quelque chose. Ah, les candides… Il s’agit généralement de figurants payés par l’Elysée pour donner l’illusion du nombre, ou alors de stagiaires faisant du zèle, ou même, oui, c’est ça, évidemment, de reporters de la presse régionale... Car un journaliste digne de ce nom (un Parisien), à l’heure de la technologie triomphante, déballe tranquillement son petit enregistreur numérique japonais et ne se casse plus les pieds à courir derrière un élu dans la foule pour griffonner, en autant d'abréviations impossibles à relire, les promesses de raser gratis de l’hyperprésident.
Je n'écris plus à la main et cela ne me manque pas

«Bon, ok, pour les visites d’usines, insisteront nos naïfs paradoxalement convaincus qu’à eux, on ne la fait pas. Mais dans les conférences de presse, on peut poser son carnet sur ses genoux, écrire lisiblement et réellement se servir de ses notes après coup…» On peut toujours, bien sûr. De mon côté, je préfère demander le dossier de presse et le texte intégral des interventions à l’assistante somnolant près de la porte dès mon arrivée, quitte à déclencher mon magnéto miniature au moment des questions-réponses...

Non, je n’écris plus à la main et franchement, ça ne me manque pas. Je me rends bien compte des conséquences désastreuses de cette attitude pour les futurs étudiants de mon œuvre, qui ne pourront plus, comme ils le font pour Hugo ou Zola, remonter le fil de ma pensée par l’analyse de mes ratures et pâtés. De même, je suis de tout cœur avec les marchands d’art et autres collectionneurs qui ne pourront jamais bâtir leur fortune sur la vente d’un manuscrit original de Hugues Serraf à un nouveau-riche du Kansas… Mais c’est ainsi: il leur faudra tenter de fourguer un ensemble clavier-souris en mauvais état présumé m’avoir appartenu dans les années 2015/2020, soit à l’époque de mes deux premiers Goncourt.

Je me rends surtout compte, en revanche, de l’énorme avantage de mon logiciel de traitement de texte sur n'importe lequel des Mont-Blanc de Julien Dray. Tiens, commencez à rédiger un courrier manuel et vous avez intérêt à savoir exactement ce que vous allez dire et comment vous allez le dire! A moins, bien entendu, d’être en contact avec quelqu’un qui ne formalise pas lorsqu’il découvre une lettre pleine de retouches et de fôtes d'ortografe. A moins aussi d'être prêt à faire un sort à une ramette complète de 21x29,7 avant de réussir à composer une missive potable...

«Bof, qui écrit encore des lettres?» risqueront les naïfs rencontrés plus haut mais désormais convertis à la cause de Word sous Windows. Personne, je vous l’accorde. Mais pour l'auteur d'un article, d'un roman, d'une thèse, d'un discours politique, d'une note de blog ou du mode d'emploi en français d'un dictaphone nippon, etc., la possibilité de déplacer ce paragraphe ici, ce petit bout de dialogue là, de changer un mot, de le rétablir, de le changer encore, est un luxe auquel il serait impensable de renoncer.

A moi, en tout cas, ça serait impossible. Ce qui tombe bien puisque personne ne me le demande. Mais tout de même, vivement les cahiers de correspondance scolaire que l'on peut remplir par e-mail. Ils foutent quoi, chez Microsoft?

Hugues Serraf

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Le fou, l'amoureux et le poète sont farcis d'imagination.
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